Préparation physique militaire : effet « WTH » *

[« WTH », « What the hell ? » (angl.), littéralement « Que diable ? » : dans le langage familier exprime un extrême étonnement, incompréhension; « Comment c’est possible ? »]

Je m’en souviens très clairement. C’était quelque part, dans le centre de l’Iraq, pendant ma première OPEX dans ce pays. Tout à coup, j’ai eu déclic. Je me suis rendu compte que quelque chose n’était pas « normal ». Je pensais à ma préparation physique militaire et au phénomène WTH. J’en ai beaucoup entendu parler auparavant mais je n’étais pas sûr d’y croire.

Avant de découvrir les Kettlebells et la méthode hard style, ma préparation physique militaire était tout à fait conventionnelle : un jour de « cardio » (course ou natation), un jour de musculation. Sur le papier ce programme marchait plutôt bien. J’avais des résultats pour le prouver.

Lors des nos tests de préparation physique militaire (PRT), je terminais toujours dans les premiers de ma classe d’âge. A l’époque, chez les Navy SEALs, le PRT comprenait des pompes, des tractions, des relevés de buste (sit-up), une course de trois miles et une nage (plus très sûr de la distance, je crois que c’était une demi-mile [~800 m]). Pour terminer dans les premiers, je devais faire environ :

  • 120 pompes
  • 120 relevés de buste
  • 25+ tractions et
  • moins de 18 minutes lors de la course

Quelque chose manquait

Pourtant, je sentais que quelque chose manquait. Quand venait le temps de se mettre au « boulot », je ne me sentais pas vraiment à l’aise. J’avais l’impression que mon corps ne fonctionnait pas comme il était censé fonctionner. J’étais en super forme selon les critères de la Marine, mais en opération, ce n’était pas génial. Passer des heures et des heures sous une charge (comme dirait Gray Cook), m’exténuait. Bouger sous une charge (en portant le gilet pare-balles et un lourd sac à dos) était encore pire. Tirer en bougeant, en sautant, en grimpant était très compliqué. Sans parler des drills « homme-à-terre » (déplacer un camarade blessé). Nous devions aussi porter les équipements, les armes, les munitions… A chaque fois que je devais faire tout cela, je me sentais faible.

Préparation physique militaire - Navy SEALs - Raid de nuit

Et puis, en 2005, j’ai découvert quelque chose qui allait changer ma vie. Un jour, j’ai vu dans le coin de notre salle de sport un gars que je ne connaissais pas encore très bien, John Faas. Il faisait un mouvement (Swing) avec un machin bizarre (Kettlebell). J’étais persuadé qu’il n’allait pas tarder à se blesser. Je lui ai demandé qu’est-ce qu’il était en train de faire et il m’a parlé des Kettlebells, de son ami Pavel et du site web où je pouvais en apprendre plus.

Cette nuit, chez moi, j’ai passé cinq heures à lire tous  les articles que je pouvais trouver. Était-ce vraiment possible d’améliorer son niveau de préparation physique militaire en utilisant uniquement cet étrange outil et quelques mouvements de base? J’ai décidé de le découvrir par moi-même.

Préparation physique militaire : l’effet WTH en action

Deux semaines sont passées, et puis mon Kettlebell de 16 kg est arrivé, avec un livre. Le livreur m’a demandé, « What the hell?« , au moment de me donner le colis. Cette nuit, j’ai lu et relu Russian Kettlebell Challenge [le premier livre de Pavel consacré aux Kettlebells]. Le jour suivant, j’ai commencé à apprivoiser mon 16 kg tout neuf.

Comme beaucoup d’autres, je croyais que je pouvais apprendre par moi-même, avec le livre, le site et quelques conseils des collègues plus expérimentés. Ma plus grande erreur était de ne pas chercher l’aide d’un instructeur. Mais c’est un thème pour un autre article…

Assez rapidement, j’ai été à l’aise avec le 16 kg dans tous les mouvements. J’ai acheté un 24 kg et ai commencé à l’utiliser dans certains exercices. Bientôt, je devais partir en OPEX. J’étais assez intrigué de découvrir comment j’allais m’en sortir en utilisant un programme le plus simpliste possible:

  • un jour de grinds [exercices « lents » comme les Squats ou les Presses]
  • un jour de « balistiques » [exercices « rapides » comme les Swings ou les Snatches]
  • un jour de repos

Revenons à l’Iraq et à mon premier déploiement dans ce pays. En soi, l’OPEX n’avait rien de particulier. Elle s’est déroulée plus ou moins comme prévu. Mais à un moment donné, c’était comme si une ampoule s’est allumée dans ma tête. « What the hell? »

« Comment est-ce possible? » Je bougeais mieux. Je supportais mieux la charge, en mouvement ou immobile. Je pouvais porter les équipements les plus lourds, sauter par-dessus les obstacles, grimper sur les murs… Physiquement, j’étais capable de fonctionner à un niveau bien supérieur, alors que j’étais plus léger qu’avant.  « What the hell? »

J’étais converti. Pour moi, c’était la force qui avait « une plus grande raison d’être », avant même que j’entende cette expression pour la première fois. Je n’imaginais pas une meilleure raison d’être fort.

Préparation physique militaire : Rite de passage

Quelque mois plus tard, je me suis retrouvé de nouveau en OPEX. Cette fois-ci, j’y suis allé avec un nouveau livre, un nouveau programme et un nouvel objectif. J’allais suivre le programme « Rite de passage » de Pavel (ROP). J’avais mon fidèle 24 kg et juste au cas où, un 32 kg. Tout ce que j’ai fait pendant ce déploiement était le ROP et bien entendu, quelques marches avec sac à dos.

Passé un certain temps, j’étais capable de faire 5 échelles de 5 avec mon 24 kg. Pendant un moment, c’était tout ce dont j’avais besoin. Puis, petit à petit j’ai commencé à ajouter quelques séries à 32 kg. A l’époque, mon poids de corps était environ 85 kg. Lors de ce déploiement, je me suis senti encore plus fort. L’effet WTH était amplifié. Je n’arrivais pas à croire à quel point je bougeais mieux. Mais le truc le plus fou était encore à venir…

Eric Frohardt - OPEX Swing

Avant d’aller passer mon été dans le désert, je me suis soumis à une batterie de tests de ma propre invention. Le déploiement précédent a prouvé que le Kettlebell était capable d’améliorer mon niveau de préparation physique militaire de manière globale. La question était : est-il capable d’apporter des résultats mesurables? Mes tests étaient simples : je ferais une course de 5 km, des tractions au poids de corps, des tractions lestées, le Développé couché avec un poids égal au poids de corps, le Soulevé de terre et un saut sur une box pour une hauteur maximale. Ensuite, j’irais « en vacances » (OPEX) où je ne ferais rien d’autre que le ROP. Et au retour, je repasserais mes tests pour voir l’évolution.

Après le retour

J’ai refait mes tests à peine quelques semaines après être rentré. « SANS DÉCONNER, COMMENT C’EST POSSIBLE ? » Mon chrono de la course de 5 km n’a pas changé. Les tractions au poids de corps sont restées à 25 répétitions (pas mal). Les tractions lestées, c’était une autre histoire. J’arrivais à  accrocher deux Kettlebells de 24 kg sur une ceinture et faire une répétition bien propre. Personne ne me croyait. Je n’arrivais pas à y croire moi-même!

Cela m’a poussé à essayer le Muscle-up. Ce mouvement me fascinait, mais je n’ai jamais été capable de le faire. Maintenant, j’arrivais à en faire cinq. WTH !? Mon Développé couché au poids de corps a augmenté de deux répétitions, alors que je n’ai pas touché à la barre depuis le départ. Et j’arrivais à sauter sur la box la plus haute de notre salle de sport (environ, au niveau de mon plexus).

Mais c’est mon Soulevé de terre qui m’a le plus impressionné. Avant le départ, j’étais capable de soulever à peu près le double de mon poids de corps. Ce n’était pas mal, surtout étant donné que je n’ai jamais vraiment appris cet exercice et ne l’ai jamais pratiqué. Au moment de refaire le test, j’ai été choqué. Mon nouveau Soulevé était de 2,5 x mon poids de corps. C’EST QUOI CE BORDEL ?

L’effet « What the Hell ? » est bien réel

Le Kettlebell m’a permis d’améliorer ma forme physique et en particulier, mon niveau de préparation physique militaireLe travail avec Kettlebell m’a pris moins de temps, a été plus « fun », mais surtout, il ne m’a jamais empêché de rester opérationnel. (A l’exception du SSST [Secret Service Snatch Test  qui consiste à faire 200 Snatches en moins de 10 minutes avec un Kettlebell de 24 kg] : ne faites pas celui-là avant de partir en opération; juste un conseil). J’ai maintenu, en fait j’ai même amélioré, certaines des performances que j’avais mesurées. Je n’arrivais pas à y croire.

Aujourd’hui, j’utilise toujours le Kettlebell pour me préparer à d’autres aventures. J’aime toujours autant sa simplicité et son rendement efforts/résultats inégalé.

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La tête haute : position de la tête lors des Swings et des Snatches avec Kettlebell