Être StrongFirst

 

Que signifie « être StrongFirst » ? « Strong » veut dire « fort ». « First », premier. Donc, « fort en premier » ou « fort d’abord ». Comme toujours, une phrase courte permet mille interprétations. Sans nous en rendre compte, nous usons de notre créativité pour adapter le concept à notre personnalité. Mais est-ce vraiment la bonne démarche ? Ne serait-ce pas plus logique, lorsque nous avons un concept qui résonne avec nos valeurs profondes, de faire l’inverse ? Nous regarder dans le miroir pour évaluer à quel point nos actes correspondent à ce concept. Puis, agir en conséquence : modifier notre attitude pour « l’aligner » avec le concept. Au final, nous actes correspondront (un peu mieux) à nos valeurs et nous serons plus en paix avec nous-mêmes. Un vaste sujet…

Dans l’article qui suit, Dave Whitley, « le Dompteur du Fer », ancien Master SFG, donne son interprétation de ce que cela veut dire, « être StrongFirst ».

Être StrongFirst : devenir la meilleure version de vous-même

Le film « Le 13ème Guerrier » est l’histoire d’Ahmed, un poète originaire de Bagdad. Par un concours de circonstances, il se retrouve chez les Vikings. Comme dans toute bonne saga Viking, il y a beaucoup de bagarres et de combats, à l’épée et à la hache. À un moment donné, un guerrier nordique remarque qu’Ahmed n’a pas d’arme. Il lui lance alors une épée. Mais elle est trop lourde pour que le poète puisse la manipuler.

« Je ne peux pas la soulever », dit Ahmed, découragé.

« Deviens plus fort ! », s’exclame le guerrier avec la joie et la confiance d’un homme qui connaît la bonne réponse.

Cet échange contient beaucoup de sagesse. Il y a peu de choses dans la vie qui vous ne pourrez pas améliorer en devenant plus fort. Dans ce sens, être StrongFirst est le premier pas vers la meilleure version de vous-même.

 

Être StrongFirst

Qu’est-ce que la « force » et comment devenir plus fort ?

Nous définissons la force comme « la capacité de générer un effort dans un contexte donné ». Remarquez qu’il n’y a aucune notion du poids soulevé. Le contexte peut varier. Soulever une barre lourde du sol. Faire une traction sur un bras. Mettre un KB lourd au-dessus de la tête. Plier une tige en acier. Toutes ces choses requièrent un effort. C’est cet effort, plutôt que la charge elle-même, qui définit la force.

Mais à mon avis, la force, c’est aussi une attitude. Un apprenti chercheur étudie sa science. Un apprenti artiste pratique son art. La force est une science, mais aussi un art. Alors, nous l’étudions et la pratiquons.

Houdini disait : « La magie est dans la pratique ». On pourrait dire la même chose de la force. La phrase : « la pratique rend parfait » est incorrecte. « La pratique parfaite rend parfait » non plus, mais elle fait un pas dans la bonne direction. Peut-être que la meilleure formulation serait : « la pratique rend permanent ». Et pour cette raison, l’objectif de la pratique devrait être un constant perfectionnement. J’aime appeler cela « la quête d’une répétition parfaite ».

Si nous ne pensons qu’à faire « plus » (de kg, de répétitions, etc.), alors nous courons le risque de devenir négligents dans notre pratique. Mais si nous commencions chaque séance, chaque exercice, chaque série, chaque répétition avec l’intention de les perfectionner par rapport aux précédents, alors nous n’ajouterions jamais de poids ou de répétitions juste pour en ajouter, mais uniquement quand c’est un moyen approprié pour avancer, pour rendre notre entraînement meilleur.

On dit que « le succès laisse des indices ». Alors, jetons un œil sur des indices laissés par quelques hommes très forts, peu importe leur discipline d’origine.

1. L’objectif

C’est la différence entre un « workout » et une séance d’entraînement. Nous connaissons tous des pratiquants très fidèles qui vont à la salle, jour après jour, année après année… Mais ils ne font aucun progrès. Souvent, ces gens-là n’ont tout simplement pas d’objectif précis. Lorsqu’on ne vise rien, on atteint toujours sa « cible ».

2. Le plan

Lorsqu’on décide d’aller à Las Vegas, on doit connaître l’itinéraire. Si on montait dans la voiture et commençait à rouler, les chances d’atteindre la destination voulue ne seraient pas supérieures à celles de gagner le jackpot au casino.

12 à 16 semaines avant le championnat, Ed Coan, la légende de Powerlifting, planifiait chacune de ses séances à l’avance. Il allait à la salle et exécutait son plan à la lettre. Devenu un adepte absolu de la planification, il n’a jamais raté ne serait-ce qu’une seule répétition dans les dernières années de sa carrière.

3. Le journal d’entraînement

Lorsqu’un événement n’a pas été enregistré, c’est comme s’il n’avait pas eu lieu. Les gens qui ne notent pas leurs dépenses ont presque toujours des problèmes avec leur budget. Idem pour celles et ceux qui poursuivent la force : sans un journal d’entraînement, ils/elles sont souvent faibles et/ou blessé(e)s.

Une des choses les plus frustrantes dans la vie est de faire des efforts, mais ne pas en voir le résultat. Tout aussi frustrant : faire des gros progrès, mais ne pas savoir pourquoi, ni comment le répéter. Tenir un journal d’entraînement, sous une forme ou une autre, règle le problème.

À 80 ans, Slim « The Hammer Man », un strongman légendaire, garde les notes écrites de presque toutes les sessions d’entraînement qu’il a faites depuis plus de 50 ans. Durant ces années, il a établi des records que, probablement, personne ne battra jamais.

4. L’engagement de tout le corps

Grands mouvements produisent une grande force. Pour cette raison, nous encourageons les « grands » exercices. Les Soulevé de terre, le Squat, le Press, le Swing, le Relevé… Nous encourageons également le renforcement des mains. Les mains fortes sont vitales pour tout : du Soulevé de terre avec barre aux Snatches avec KB, des tractions lestées aux travaux manuels. La plupart du temps, lorsque vous n’êtes pas capable de tenir quelque chose, vous ne pouvez pas exprimer votre force. Même lors d’un Squat, nous serrons la barre pour mieux activer notre système nerveux.

5. La récupération

« Lorsqu’on atteint un sommet, il y a deux façons de descendre : faire un pas ou tomber »

– Mark Reifkind, StrongFirst Master Instructor

Nous ne pouvons pas progresser plus vite que nous récupérons. S’entraîner jusqu’à l’épuisement demande beaucoup plus de récupération, alors nous ne pouvons pas nous entraîner assez fréquemment.

[Plusieurs autres mécanismes rendent l’entraînement jusqu’à l’épuisement totalement inefficace, contre-productif, voire dangereux, surtout à long terme. Pour en comprendre les grands principes, lisez l’article de Pavel « Le Coût de l’Adaptation »]

6. La progression

Également connue comme « la continuité du processus d’entraînement ». Dans le monde du marketing hyperbolique, « une force ultime instantanée » se vend beaucoup mieux que « ajoutez 10 kg à votre Soulevé de terre en six mois ». Mais les progrès ne sont rapides qu’au début. Plus longtemps nous poursuivons la force, plus lentement elle s’accumule. À cause de cela, dans notre « société du four micro-ondes », beaucoup de gens abandonnent lorsqu’ils se rendent compte qu’ils ne vont pas devenir champions en quelques mois. La force est une pratique de patience, pas une aventure de 12 semaines. Progresser en force peut être ennuyeux. Mais être fort ne l’est jamais.

7. La précision technique

« Apprenez la technique aussi parfaitement que possible. Le reste, c’est des maths »

– Marty Gallagher, un grand coach américain de Powerlifting

La force est une compétence technique. Par conséquent, il est très important de ne jamais sacrifier le mouvement correct juste pour déplacer la charge. Laissez votre force être aussi belle qu’elle est brutale.

La précision technique est une des raisons pourquoi nous vous encourageons à rechercher le conseil d’un expert. Il y a deux ans, je galérais pour plier le fameux IronMind Red Nail. Puis, j’ai reçu quelques conseils de Jedd Johnson de « Diesel Crew ». Ensuite, après seulement une séance, j’ai enfin réussi ! Dès que j’ai éliminé toutes les « fuites d’énergie », j’ai pu exprimer ma force de la meilleure manière possible. Le Red Nail n’a pas résisté.

La précision technique n’est pas qu’un gage de performance, mais aussi de sécurité. Même un échec devrait avoir l’air correct, celui d’une répétition incomplète. Surtout pas d’un numéro de contorsion d’une victime coincée sous une charge.

8. L’état d’esprit

C’est la base de tout. « Est-ce que quelqu’un d’autre peut le faire ? », demandait Slim « The Hammer Man » lorsqu’on parlait des numéros de force. « Parce que si quelqu’un peut faire quelque chose, pourquoi toi, tu ne pourrais pas ? C’est dans ton esprit. » Ma phrase favorite qui résume cette idée vient de Mighty Atom : « Ne te limite jamais à ce qui est apparemment possible. Pense que tu es fort et tu le seras ».

Être StrongFirst : l'auteur, Dave "Iron Tamer" Whitley

En conclusion

Être StrongFirst, c’est mettre la force en avant, en tant que qualité physique fondamentale.

Ce n’est pas l’histoire d’un Press avec un Kettlebell, d’un Squat avec une barre olympique ou d’une pompe sur une main et un pied. Être StrongFirst, c’est comprendre que la force est la condition capitale pour tout ce qu’une personne peut réussir dans sa vie. Que cette force est aussi bien physique que mentale. Et que pour la développer, ce qui compte le plus, c’est l’attitude. C’est la manière de gérer ses entraînements, de traiter son corps et d’exprimer sa force

Je ne peux pas être fort pour vous. Vous seuls pouvez l’être. Être StrongFirst.

Le premier pas pour être StrongFirst, c’est d’aligner son attitude aux concepts mentionnés dans l’article ci-dessus. Le deuxième pas, c’est d’apprendre les bonnes techniques. Pour cela, inscrivez-vous à nos formations officielles :

Et pour celles et ceux qui ont déjà bien avancé sur ce chemin et souhaitent partager leur savoir et leur expérience avec leurs élèves, nos certifications en donnent des outils techniques et pédagogiques. Pour plus d’informations sur nos certifications :


* Remerciements à Marion Molinié, SFG 1, pour la relecture

Préparation SFG 1 : le guide complet